11 novembre 2015

Lever de rideau sur Terezin

Lever de rideau

Depuis les premières lois anti-Juifs du régime de Vichy, le dramaturge à succès Victor Steiner se terre dans un petit appartement parisien. Mais un soir, la passion du théâtre est la plus forte : il sort de sa cachette pour assister à la première du Soulier de satin à la Comédie française, et au retour il est arrêté par la police.

Quelques jours plus tard, il embarque dans un train à bestiaux. On lui a pourtant dit qu'il aurait droit à un traitement de faveur... Et, de fait, en pleine nuit, on le fait changer de convoi. Dans ce nouveau wagon, plus un seul Français ; seulement des Juifs allemands. Le traitement de faveur, c'est que Steiner sera déporté dans le camp de Terezin, celui où sont parqués les Juifs "prominenten" - "importants" : artistes, intellectuels, hommes politiques, savants... A première vue, Terezin a tout d'une gentille ville tchécoslovaque : d'élégantes fortifications, des trottoirs bien propres, des parcs et même une église. Mais ses murs cachent la même violence que les barbelés de n'importe quel autre camp. Et, chaque semaine, des listes désignent ceux qui partiront à Auschwitz pour être gazés. A son arrivée, Victor Steiner a la surprise de rencontrer l'un de ses plus grands fans : l'Hauptsturmfürher Waltz, qui est également un passionné de littérature et de culture française, notamment du siècle du Roi Soleil.

Et bientôt, Waltz lui passe commande : une oeuvre inédite, dont l'action se déroulerait au XVIIe siècle, à la cour de Louis XIV... Et Steiner de s'interroger : doit-il céder à la pression de Waltz ou refuser et conserver son intégrité ? 

 

Disons-le franchement, Christophe Lambert (Eh oui ! Je sais… Mais ce n'est pas celui qu'on pense…) a réussi à faire bien plus qu'un énième roman sur les camps de concentration ! Et Dieu sait qu'avec tous les livres jeunesse ayant pour thème la Seconde Guerre Mondiale, ce n'est pas chose aisée ! 

En effet, s'il s'attache à montrer la vie dans le camp de Terezin (un camp dont je n'avais par ailleurs jamais entendu parler) de la manière la plus réaliste possible (comme en témoignent les notes à la fin du livre), il s'interroge également sur la notion de création artistique et sur l'intégrité de l'artiste lorsqu'il est confronté à la dictature. Jouant sur le parallèle entre Steiner, soumis à Waltz, et Molière, soumis à un Louis XIV jeune et exigeant, il décrit les interrogations qu'a tout créateur lorsqu'il se trouve confronté aux demandes d'un puissant. Faut-il refuser de faire des compromis, au risque de ne jamais connaître le succès ou d'y perdre la vie, ou faut-il mettre son art au service d'une œuvre de commande ? C'est la question à laquelle l'auteur essaie de répondre avec brio.

Le tout est très bien écrit et vraiment agréable à lire, malgré le caractère difficile de certaines scènes mais comment pourrait-il en être autrement dans un camp de concentration ? Certaines scènes sont brutales et mettent en lumière la violence des nazis mais ce n'est jamais gratuit. 

Enfin, dernière bonne idée : Christophe Lambert a joint à son roman la pièce de théâtre en alexandrins que Steiner est censé écrire au cours de l'histoire.L'exercice de style est réussi et la pièce qui met en scène un jeune Molière, partagé entre son désir de faire plaisir au roi et son respect pour un mentor qui n'a jamais fait de compromis. C'est une belle idée ! 

Une jolie réussite donc et l'on aimerait lire plus souvent des livres qui allient aussi bien roman historique et réflexion sur l'acte de création ! 

 

Lever de rideau sur Terezin de Christophe Lambert chez Bayard Jeunesse (14,90 €)


Commentaires

    J'avoue que ce n'est pas le genre de romans que je lis (j'évite ceux qui sont liés à la guerre en règle générale) mais il a l'air intéressant, sans aucun doute

    Posté par florence, 19 novembre 2015 à 14:14

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